Je sais que vous l’attendiez, vous êtes nombreux à m’avoir demandé si j’en avais vu… et ma réponse était invariablement « non, je suis trop loin des côtes antarctiques. La station PEA est sur un nunatak à 200 km de la côte, et à une altitude de 1.300 m… des manchots montagnards, on n’a pas encore vu cela ». D’autant plus que leur seul moyen de locomotion à terre reste la marche à pattes puisqu’ils ne volent pas.

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Le Jackass, ou manchot Africain

C’est depuis le sud de l’Afrique que je vous écrit, au Cap plus exactement… et là, vous imaginez que je me suis empressée d’aller faire un petit reportage chez eux.

Eux, ce sont les manchots du Cap, ou manchot Africain ou encore Jackass parce que lorsqu’ils s’expriment, on croirait entendre un âne qui braie !!

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Rencontre de la colonie

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Une démarche clownesque

Sur les 17 espèces de manchots, c’est la seule espèce qui se reproduit en Afrique.

Ce manchot fait partie des « petits » : 65 cm de haut, pour environs 3,5 kg. Comme tous les oiseaux de cet ordre, il vit en colonies, se reproduit à terre et se nourrit en mer.

25 îles et 3 zones côtières en Afrique du Sud et le centre de la Namibie abritent les colonies de reproduction de cette espèce de manchots.

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Aire de répartition du manchot du Cap

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Betty’s Bay

Je suis allée visiter celle de Stony Point, une petite réserve naturelle à Betty’s Bay.

Cette colonie comporte environs 2 000 couples de manchots. C’est de nos jours, une des plus grandes colonies, alors qu’au tout début du 20ème siècle, plus d’un million de manchots se reproduisaient sur l’île Dassen non loin de là. En effet, pendant le 20ème siècle, la population de ces manchots s’est effondrée de 90% !…

Aujourd’hui, ils sont en début de saison de reproduction, quelques couples ont déposé leurs œufs dans les terriers.

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2 oeufs dans le nid

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 Couple

Les individus se reproduisent dès l’âge de 4 à 6 ans. Normalement, ils élèveront des petits pendant plusieurs saisons, habituellement jusqu’à ce que l’un des deux partenaires disparaisse. Ils vivent en moyenne 10 à 11 ans, mais ils sont nombreux a atteindre les 20 ans. L’individu qui soit connu pour avoir vécu le plus longtemps est mort à 27 ans.

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Couple au repos

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Terrier artificiel partiellement camouflé

Tiens, nombre de ces terriers sont « artificiels », des sortes de boites camouflées dans la végétation. Ces oiseaux pondent habituellement 2 œufs, dans des terriers qui peuvent être de simples places cachées à l’abri dans une végétation de petits arbustes bas, qui les protège du soleil mais laissent passer le vent pour rafraichir. Dans les colonies qui sont sur des îlots sans végétation, les manchots creusent des trous dans l’épaisse couche de sable cimentée par le guano qui n’est autre qu’une épaisse accumulation de leurs déjections depuis des centaines d’années que ces colonies sont installées.

Alors pourquoi des boites ? Parce que les activités humaines ont détérioré leur habitat : le guano, riche fertilisant pour les cultures, a abondamment été prélevé entre le 19ème et le début du 20ème siècle. Quant au bush, ce sont les résidences qui se construisent en bord de mer et défrichent cet habitat naturel.

 

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Les résidences empiètent sur le bush

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Manchot face à son terrier artificiel

Ces petites « maisons » ont été imaginées et testées par des scientifiques pour offrir l’ombre et la ventilation adéquate à l’évolution des poussins qui, tant qu’ils sont dans l’œuf, ne sont couvés que la nuit.

Pendant la journée, leurs parents se nourrissent et prennent soin de prendre du poids pour être au mieux de leur forme lorsque le premier poussin sortira de l’œuf, après une quarantaine de jours. A partir de ce moment là, les 2 parents mettront leur énergie à nourrir leur progéniture : 25 kg de poissons seront nécessaires à chaque petit avant son émancipation !

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 Allers et retours à la mer

Ces manchots se mettent volontiers ensemble pour pêcher. Ils se déplacent vers des zones où l’océan regorge de sardines, anchois et maquereaux, des poissons riches en huile. C’est ce dont ils ont besoin. Pour les trouver, ils vont parcourir jusqu’à 11 voire 15 km en mer.

Heureusement que ce sont d’excellents nageurs, voyez un peu :

Vitesse de croisière (lorsqu’ils se déplacent sans se presser) : 3km/h.

NB : en marchant, tu fais environs du 4 km/h.

Pour fuir un danger, ils peuvent monter à 10 voire à 19 km/h ! Pour être plus efficace dans leur nage rapide, ils sautent hors de l’eau un peu à la façon des dauphins.

Et pour attraper leurs poissons, ils plongent habituellement à moins de 50 m pendant 1 à 2 min, mais ils peuvent aussi descendre jusqu’à 130 m.

Ils repèrent les zones où trouver leur nourriture en se fiant à la température de l’eau ainsi qu’à sa couleur verte, preuve d’un abondant phytoplancton pour nourrir les poissons. Lorsqu’ils trouvent un banc, le contraste entre le blanc de leur ventre et le noir de leur dos est mit à profit pour effrayer les poissons qui se regroupent dans un mouvement circulaire. Les manchots peuvent alors passer dans le banc et dévorer les poissons qu’ils trouvent immanquablement sur leur passage.

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Bec et sardine

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Pêche en groupe

Le plumage des manchots a un rôle prioritaire dans l’isolation de leur corps. Bien qu’ils vivent en pays assez chaud, les eaux dans lesquelles ils se nourrissent sont fraîches à froides. Leur plumage doit être imperméable, et suffisamment lisse pur lui permettre de nager rapidement dans l’eau. Cependant, leurs plumes s’usent.

Une fois par an, les manchots changent entièrement leur plumage. Avant d’entreprendre cette mue, ils vont se gaver afin de doubler leur poids. Ces réserves sont nécessaires parce que lorsqu’ils perdront leurs plumes, ils ne seront plus imperméables et par conséquents, ne pourront pas aller dans l’eau ni se nourrir. Ils sont condamnés à 3 semaines de jeûne, période pendant laquelle ils sont particulièrement vulnérables.

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C’est la mue pour ce manchot

Lorsque les jeunes se mettent à l’eau, après avoir échangé leur duvet de poussin contre des plumes de jeunes, ils vont y passer 12 à 15 mois, apprenant à pêcher pour se nourrir. Beaucoup d’entre eux mourront dans cette étape de leur vie, affamés ou attrapés par leurs prédateurs : les otaries. Ceux qui s’en sortent reviennent sue les lieux de leur colonie bien assez gras pour réaliser leur première mue qui leur fournira alors un plumage d’adulte.

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Repos

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Balade en couple

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Qui est l’intrus ?

http://www.aerien.ch/oiseaux/Afrique/SPHENISCIFORMES/SPHENISCIDAE/Spheniscus_demersus.php

A lire, pour plus d’informations sur le déclin des populations des Manchots du Cap :

http://www.rtl.be/info/magazine/science-nature/course-contre-la-montre-pour-stopper-la-mysterieuse-disparition-des-manchots-du-cap-le-nombre-de-couples-reproducteurs-a-chute-de-90–776293.aspx

 Catherine Cherix