Suivi des recherches à PEA et ailleurs sur le continent Antarctique.

Je vous ai parlé des recherches des deux scientifiques avec lesquelles j’ai séjourné à PEA.

Vous avez réalisé, j’espère, à quel point les recherches effectuées par des individus (les chercheurs) dans leurs laboratoires n’existent que grâce à leur étroite collaboration les uns avec les autres. C’est pour cela que l’on parle de la « communauté des scientifiques ». Ces personnes ne se connaissent pas toujours de façon personnelle, ils n’ont pas toujours l’opportunité de se rencontrer. En revanche, ils lisent les travaux des uns et des autres qui peuvent les intéresser dans leur propre recherche.

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Transmission par conférence

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Chaque élément de recherche fait l’objet d’une publication (qui doit être reconnue et acceptée par un jury). Un résumé nommé « abstract » exprime les grandes lignes de la recherche publiée et les auteurs sont tous cités.

Chaque chercheur a le droit d’utiliser des résultats obtenus par un ou des autres chercheurs, avec pour obligation de citer les références de l’article et des auteurs dont il prélève les données.

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Exemple d’abstract

La recherche scientifique ne se limite pas à un chercheur qui fait ses expériences sur un sujet, seul dans son laboratoire. Le chercheur isolé n’a pas la possibilité de trouver !

S’il veut devenir « trouveur », ce qui est la contribution souhaitée de chaque chercheur, il doit travailler en association et en interaction avec d’autres, et être particulièrement patient.

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International

L’objet d’une « trouvaille » majeure est le plus souvent l’histoire d’une vie !

Tiré d’un document wikipédia sur l’Antarctique : « Chaque année, des scientifiques de 27 pays différents effectuent en Antarctique des expériences impossibles à réaliser ailleurs dans le monde. En été, plus de 4 000 scientifiques travaillent dans la cinquantaine de stations de recherche. Ce nombre décroît à environ 1 000 en hiver. Certains États y maintiennent en effet une présence humaine permanente ou semi-permanente. »

La Glace et le Ciel

Prenons pour exemple, Claude Lorius, glaciologue français du 20ème siècle. Il a passé de très nombreux mois en Antarctique (même plus d’une année complète lors de son premier séjour en 1957, à l’âge de 25 ans), année après année. Je vous recommande le film de Luc Jacquet qui lui est consacré « La glace et le Ciel » – 2014

Voici un extrait d’une page qui lui est attribuée sur wikipédia :

« En 1965, lors d’un hivernage en Terre Adélie, il observe les bulles de gaz que le glaçon qu’il a mis dans son verre libère dans le whisky : « J’ai eu l’intuition qu’elles conservaient des indications sur l’altitude de la formation de la glace et, surtout, qu’elles représentaient des témoins fiables et uniques de la composition de l’air ». Quelque 20 ans plus tard, l’analyse des traces de dioxyde de carbone et de méthane contenues dans les bulles d’air emprisonnées dans les glaces de Vostok pendant des milliers de siècles sera en couverture de la revue Nature »

Carottes de glace

Claude a eu l’intuition. Il a développé ses hypothèses sur son intuition. Il n’a pas été seul acteur dans cette aventure : il a utilisé des échantillons prélevés par les russes sur la station d’altitude Vostok, il a acheminé les échantillons dans son laboratoire à Grenoble, plusieurs chercheurs et assistants ont travaillé à l’analyse des échantillons. Et c’est en association avec Jean Jouzel, qui sera par la suite « reconnu mondialement pour ses analyses de la glace de l’Antarctique et du Groenland, permettant de connaître le climat terrestre passé (=paléoclimat). Il a publié en tant que co-auteur près de 45 articles dans les prestigieuses revues scientifiques Nature et Science. »

Les recherches réalisées à la station belge PEA s’inscrivent toutes dans un concept global, qui cherche à comprendre ce continent méconnu, qui cherche à élucider son passé et à imaginer son futur, principalement en regard des modifications climatiques rapides et de grande amplitude que nous observons depuis quelques dizaines d’années seulement.

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Recherches à PEA

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Appareils de mesure installés à l’année

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Appareils de mesure installés à l’année

Elles s’intéressent à la quantité et à la qualité de la couche de glace, à son évolution en épaisseur, à la nature et à l’impact des vents qui balayent sa surface, transportant la neige, déblayant certaines surfaces et comblant d’autres.

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Appareil de télémétrie au laser

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Cet appareil permet des mesures au demi-centimètre de la surface du sol

Des japonais ont choisi cette région pour étudier les météorites qui s’y trouvent, bien visibles sur cette glace blanche.

La proximité relative (200 km) de la côte, a amené des chercheurs à s’intéresser à l’évolution dans le temps et dans l’espace des « ice-shelfs », ces glaciers qui prennent naissance sur le continent pour se jeter dans l’océan.

La région de PEA a été soigneusement cartographiée par des scientifiques, et permet ainsi à d’autres scientifiques de choisir et se déplacer en connaissance de terrain.

Carte photographique et topographique

Nous savons que cette région est aride, mais il est nécessaire pour l’affirmer, de mesurer la quantité de précipitations et distinguer la neige apportée par les vents de celle tombée des nuages.

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Station météo fixe

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Transcription sur l’ordinateur des données relevées par la station météo

Des appareils mesurent aussi la composition atmosphérique et stratosphérique dans la région de PEA, quantifiant ainsi la quantité d’ozone heure après heure, jour après jour, la présence des aérosols* dans l’atmosphère.

Des géologues ont mené des recherches permettant de situer et avancer dans la compréhension de l’histoire ancienne de ce continent, et en particulier la jonction de cet ancien super-continent nommé Gondwana.

Des instruments sismiques sont toujours en place, cherchant à percer les secrets cachés sous les glaces.

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Carte géologique

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Appareil de mesure sismique

Et bien entendu, les grands questionnements quant à la vie présente dans la région et ses stratégies pour s’y maintenir sont étudiés par diverses équipes de scientifiques.photo-18-recherche-sur-les-strategies-de-vie

Recherche sur les stratégies de vie

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Euh… fin d’une journée de travail

Catherine Cherix