Bonjour!

Nous sommes 3 classes de l’école des Ouches de 6P et 8P à travailler sur les pôles et à vous suivre sur votre blog.
Nous aurions quelques questions à vous poser, s’il n’est pas trop tard.

1) Comment faites-vous pour avoir du réseau internet au pôle sud?
2) Comment devez-vous vous habiller pour ne pas avoir froid dehors?
3) Est-ce que vous avez rencontré beaucoup d’animaux? Lesquels? les avez-vous approchés, car il paraît qu’ils n’ont pas peur des humains?
4) Avez-vous fait de la plongée?
5) Que faites-vous de vos journées?
6) Qu’est-ce que les scientifiques de la station étudient en ce moment?
7) Est-ce que vous avez assez à manger chaque jour? Que mangez-vous?
8) Quand repartez-vous?
9) Avez-vous aimé cette expérience?
10) Avez-vous des photos à nous envoyer?

Nous vous remercions d’avance! Nous avons de la chance de pouvoir suivre ce projet.
Meilleures salutations de tous les élèves et de moi-même.

Ecole des Ouches


Bonjour à vous tous, je suis heureuse de vous savoir si intéressés.

Vos questions montrent à quel point vous avez bien compris que l’Antarctique a beau être sur notre planète Terre, c’est tout de même le bout du monde.

Pour commencer, je ne suis pas exactement au Pôle Sud, car il reste encore presque 2.000 km de glace et de froid pour y accéder depuis la station PEA. En effet, l’Antarctique est un très grand continent, grand comme 1,5 fois l’Europe. La station est à environs 200 km de la côte.

1) Pour avoir du réseau internet, il nous faut une grande antenne parabolique orientée vers un satellite dit « géostationnaire » car il tourne à la même vitesse que la Terre, donc il est toujours à la même place par rapport au sol terrestre. C’est lui qui nous envoie les ondes nous reliant au reste du monde. Petite anecdote : un matin, alors que je communiquais par Skype avec une classe de grands élèves de Saint Prex, nous avons été « coupés ». L’informaticien de la station détecte la panne qui nous venait… des États-Unis d’Amérique ! Ils effectuaient une mise à jour pendant la nuit… pendant « leur » nuit ! Alors que pour nous, il était 9h du matin… c’est cela aussi être international !

2) De nos jours, le froid et le vent sont des éléments naturels dont on arrive à se protéger efficacement. L’important est de ne pas se refroidir. Pour y parvenir, il faut s’isoler du froid extérieur, garder la chaleur produite par le corps à l’intérieur, et éviter de transpirer pour ne pas mouiller nos vêtements qui perdraient alors de leur efficacité.

Nous portons des sous-vêtements dans des matières qui permettent d’évacuer la transpiration et de garder la chaleur tels les thermolactyls. Puis, en fonction de la météo et de l’activité que nous avons, nous ajoutons plusieurs couches de vêtements qui laissent la liberté de nos mouvements. Un coupe vent est indispensable car plus il est fort, plus il accentue l’impression de froid (cf blog « après la tempête »).

Des bottes à semelles épaisses et revêtement intérieur en feutre par exemple. Celles que j’avais étaient un peu grandes pour moi, mais je n’ai jamais eu froid aux pieds, comme quoi il ne faut pas porter des chaussures (ou autres vêtements) trop serrés.

Gants (plusieurs superposés parfois), cagoule qui protège le menton, le nez et les oreilles, bonnet, écharpe, lunette couvrantes ou masque de ski.

Lorsque nous nous déplaçons en moto-neige, nous enfilons par dessus une épaisse combinaison qui pèse au moins 3 kg. Pas très pratique pour marcher, mais magnifiquement confortable pour se protéger lorsque l’on va vite.

3) Je n’ai vu que 2 espèces d’animaux, ce sont des oiseaux dont j’ai parlé dans le blog « pétrels et skuas ». J’avais eu l’occasion de voir de très nombreux manchots, otaries, éléphants de mer lors d’un précédent voyage en bateau.

Vous avez absolument raison de dire que ces animaux ne craignent pas l’homme car ils ne connaissent pas de prédateurs qui lui ressemblent. Nous apparaissons donc comme inoffensifs, ce qui a été dramatique il y a encore 1 siècle de cela, lorsque les hommes chassaient les baleines pour leur graisse et utilisaient les manchots pour faire du feu afin de faire fondre la graisse des baleines pour les mettre en bidons et les envoyer en Europe. C’est heureusement de l’histoire passée, les dangers qui guettent maintenant ces oiseaux sont aussi d’origine humaine : il s’agit de la surpêche qui les prive de leur nourriture d’une part, et du réchauffement climatique qui modifient la production des océans et les chaines alimentaires qui en découlent.

Petite anecdote : En me promenant seule au pied de la montagne Utsteinen, un endroit de glace vive (j’avais les crampons aux pieds), un skua est venu me voir, par curiosité je pense car il n’avait pas son petit dans les environs. Lorsqu’il a voulu se poser sur la pente en glace, non loin de moi, il a glissé et s’est cassé la figure… il a dû s’envoler de nouveau et s’est posé sur le plat. Il ne semble pas sentir le froid car il s’est ensuite couché à même la glace !

4) Étant loin de la mer, je n’ai pas plongé non. Mais je crois que pour plonger, il faut être bien habitué, car cela se passe sous la glace. Des reportages montrent la façon dont les plongeurs doivent se vêtir de combinaisons spéciales. D’autres personnes doivent les aider à les enfiler. Ils plongent dans des eaux dont la température peut descendre à -2°C (elle n’est pas gelée, car une eau salée gèle à une température inférieure à 0°C). Ce doit être merveilleux, mais je n’oserais jamais faire cela !

5) Mes journées sont largement influencées par la météo. En effet, cette dernière peut évoluer tellement rapidement que nous restons vigilants lorsque nous nous éloignons de la station.

Le matin, chacun prend son petit déjeuner dans la salle commune, fait sa toilette dans la salle de bains commune avant de commencer sa journée de travail.

Mes activités sont principalement des « reportages » auprès des ceux qui travaillent ici, sur les motivations et les compétences des gens avec qui je cohabite, mais aussi des lectures pour me documenter sur les différents aspects de la vie en Antarctique, des recherches scientifiques qui s’y déroulent.

Puis il me faut rédiger les blogs, et surtout faire et trier les photos que je publie. La lumière est particulière sur ce paysage si blanc et si brillant ; je dois donc reprendre la plupart de mes photos pour améliorer leur rendu.

Les rendez-vous sur skype avec des élèves de Suisse ponctuent aussi mes journées. J’aime particulièrement partir en balade, chose que je peux difficilement faire seule à cause du danger que cela représente, le principal danger pour des sorties de courte de durée restant la chute dans une crevasse.

6) Je suis à la station en même temps que 2 scientifiques qui ont des compétences différentes mais complémentaires. Lori travaille dans une université américaine ; elle est chimiste et essaye de comprendre comment les micro-organismes (algues microscopiques, mousses, lichens) parviennent à coloniser et à vivre dans des espaces si hostiles, où les conditions de vie sont si rudes. Steffi est une biologiste allemande. Elle va étudier des échantillons identiques à ceux de Lori en décodant leur « code génétique », pour pouvoir aussi les comparer à des échantillons qu’elles ont déjà prélevés en Arctique.

En arrivant, j’ai juste croisé Mitchi qui travaille à Davos (en Suisse) sur la façon dont se « déplace et se redépose » la neige poussée par les vents. Il faut savoir qu’il ne neige presque pas dans cette région des Sor Rondane où se situe la station, la neige qui envahit les espaces environnants est une neige tombée sur les espaces côtiers.

Il y a des météorologues qui sont passés par la station, des chercheurs de météorites qui racontent des histoires passées de notre planète, des géologues qui étudient l’histoire d’un très ancien super-continent appelé « Gondwana », des scientifiques qui suivent l’évolution du trou dans la couche d’ozone au dessus de l’Antarctique.

Tous ces scientifiques ne sont pas ou plus présents sur la station, en revanche de nombreux appareils scientifiques installés sur ou aux alentours de celle-ci enregistrent en continu des données spécifiques, retransmettant les données par satellite.

7) La quantité de nourriture ne fait pas défaut, en revanche ce sont les produits frais qui viennent à manquer en premier. Ainsi, avant l’arrivée de l’avion venant déposer une équipe de télévision et rechercher les 7 personnes qui rentrent (dont je fais partie), nous n’avions plus d’œufs ni de lait, plus de tomates ni autres fruits ni légumes frais. Seuls, les choux, betteraves et pommes étaient encore à disposition. Heureusement que Thomas notre cuisinier a de bonnes idées pour toujours diversifier et nous étonner avec des recettes qu’il parvient à élaborer à partir des produits surgelés ou en conserve qu’il nous reste. Le repas qui a suivi l’arrivée du ravitaillement a été composé de salades de tomates, concombres, et salade de fruits frais, directement arrivés d’Afrique du Sud. Un régal !

Chaque jour, nos repas sont confectionnés par Thomas, qui fait une soupe, une quiche ou une pizza, des salades diverses, des fromages et de la charcuterie pour le midi. Chacun se sert selon ses envies et sa faim.

En revanche, le soir, il nous prépare un repas chaud comme ceux que vous pouvez manger chez vous.

Le petit déjeuner et les en-cas sont en self service.

Miam ! Bon appétit ! Il est vrai qu’on a beaucoup plus faim avec ce froid permanent, on dépense plus d’énergie dans chaque activité effectuée à l’extérieur.

8) A l’heure où je termine cette lettre, j’ai quitté la station, quitté ce magnifique continent blanc, et je suis installée à Cape-Town, une ville bâtie au bord de l’océan au sud de l’Afrique. C’est une ville peuplée, dynamique. C’est l’été puisque nous sommes ici dans l’hémisphère Sud (à 6h d’avion de la première côte Antarctique tout de même !!). De nombreux bateaux sillonnent la mer alentour.

9) Cette expérience est particulièrement riche, car elle ne ressemble à rien. Ce continent ne laisse personne indifférent. Il est rude à l’extrême, immaculé et quasiment dépourvu de vie (mis à part sur ses côtes). Il est sans pitié, et c’est aussi pour ces raisons que ceux qui y viennent découvrent d’autres relations humaines que celles qu’ils ont l’habitude de vivre sur les autres continents.

Oui, je suis heureuse et reconnaissante d’avoir eu le privilège de revenir sur ce continent que j’avais juste touché il y a 4 ans. Je réalise à quel point nous sommes petits et fragiles, combien la vie est précieuse puisqu’elle ne parvient pas à gagner dans ce si grand continent du Sud. Je prends conscience de la taille de ce « réservoir d’eau douce » apparemment immuable et pourtant si fragile et potentiellement dangereux si le réchauffement planétaire en vient à le faire fondre.

Soyons vigilants, restons conscients et humbles face à notre planète.

10) Vous pouvez récupérer les photos postées sur le blog. Si vous aimeriez d’autres photos, faites-le moi savoir, me détaillant le thème ou sujet qui vous intéresse. C’est que j’en ai pris beaucoup, et que ce n’est pas facile à envoyer par internet !

Je vous souhaite une bonne suite de travail et de découvertes autour des pôles.

Je vais continuer à écrire des blogs ces prochaines semaines, donc continuez à le consulter : l’aventure continue, en Antarctique, mais aussi avec les manchots africains que je vais aller observer, les îles antarctiques dont je vais parler avec des scientifiques qui étudient les écosystèmes et leur évolution, les volcans réunionnais et l’impact sur les changements climatiques.

A bientôt !

Avec mon amitié,

Catherine Cherix