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Arrivée de l’avion

Voici plusieurs jours que nous parlons du vol de départ. Voici de quoi tenir un véritable journal car chaque jour, voire plusieurs fois par jour, la date change.

La cause principale ? La météo.

Je devrai dire « les vents » car ce sont eux les plus dangereux.

Donc, après avoir eu les informations pour un départ le mercredi, puis passé au vendredi, puis retour au mercredi… c’est jeudi que nous partons.

Mercredi soir, le Twin Otter, un petit avion très souple et qui se pose n’importe où (dixit le co-pilote que je crois volontiers) atterrit sur « l’air strip », la piste d’atterrissage d’environs 1 km de long et qu’Alain a soigneusement damée la veille au soir. Le vent avait soufflé de belles quantités de neige, formant ainsi des congères irrégulières, peu accueillantes pour un avion.

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Alain dame la piste pour l’avion

A son bord, 6 personnes. Trois belges venus filmer pour une émission télévision, qui portent sur des personnalités « hors du commun », ce qui est le cas de Alain Hubert, l’initiateur et directeur de la station.

Il y a aussi les 3 hommes qui s’occupent de l’avion : un pilote, un co-pilote et un mécanicien, tous trois canadiens.

Eric, le réalisateur, un homme de grande stature m’avoue être surpris par le froid. Après 2 jours au Cap, dans la chaleur de l’été, ils ont volé vers la station russe Novo et y ont fait une escale par une température encore clémente de -2°C, avec le soleil.

A PEA, le vent s’est levé en fin d’après-midi. Lorsque l’avion s’est posé, le soleil était caché derrière les montagnes, la température de -12°C accompagnée d’un vent soutenu nous faisait ressentir une ambiance à peut-être -22°C.

Nous nous étions tous rendus à l’air-strip pour les accueillir, dans une sympathique ambiance. Et en fait, c’était le premier avion à atterrir depuis mon arrivée.

Un avion était supposé venir « refueler » (en d’autres termes, faire le plein de kerosen) 2 jours avant, mais les vents portants lui ont finalement permis de parcourir l’entier de son voyage sans faire le détour par la station. Selon la puissance et le sens des vents, ils peuvent gagner plus de 100km sur un voyage de 500km.

Nous nous rendons tous à la station, et déchargeons la cargaison commandée principalement par « le cook » (=cuisinier). Nous étions à court de produits frais tels les fruits et légumes, mais aussi les œufs, le lait, et d’autres ingrédients ; c’est avec entrain que nous avons aidé Thomas à répartir les caisses de nourriture entre les diverses destinations : congélateur, frigo, autre.

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Déballage des vivres

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Repas avec produits frais

La suite de la soirée s’est passée joyeusement avec les nouveaux convives, faisant connaissance, élargissant les sujets de conversation.

C’est ainsi que le co-pilote, 22 ans, nous raconte cette première expérience pour lui en Antarctique. La compagnie pour laquelle il travaille assure les transports vers le Grand nord (Canada, Groenland…) de mi-mars à fin octobre, puis en Antarctique depuis novembre jusqu’au tout début du mois de mars, lorsque tous les vols reliant le continent Antarctique aux autres continents cessent. Il est alors temps pour eux de reprendre le chemin vers le nord, vers le Canada pour eux. Ce voyage dure 1 semaine. Le pilote qui s’est joint à la conversation, est un habitué puisque c’est sa 5ème saison en Antarctique. C’est lui qui me parle de ce voyage de retour.

antarctica_stationsCarte des stations en Antarctique

L’avion se trouve chargé d’une dizaine de fûts de kérosène, qu’ils utiliseront pour réaliser leur périple vers le Canada. Basés à la station russe de Novo pendant les 4 mois que dure cette saison, ils se dirigeront vers l’ouest, jusqu’à leur dernière étape sur la péninsule Antarctique où ils effectuent leur dernier plein, à la station anglaise de Rothera, avant de traverser l’océan jusqu’à Puerto Natales, en Patagonie (Amérique du Sud). Leur petit Twin Otter est bien chargé entre les fûts de carburant, les skis et autres matériels spécifiques à l’Antarctique, et eux trois. Mais il pourra traverser sans encombre ces eaux tourmentées, ce qui leur prendra 4 à 6 heures selon les vents. Les pilotes en milieux extrêmes volent sur des distances qu’ils évaluent jusqu’à un « point de non retour » qu’il ne leur faudra jamais franchir sans être sur qu’ils parviendront à destination, sous peine d’éventuels gros problèmes (y compris celui de perdre leur place de travail).

Puis, ils feront diverses étapes en suivant la cordillère des Andes, survoleront les dessins géants de Nazca, survoleront le désert de l’Atacama, feront escale à Guayaquil en Équateur… Un voyage qui doit être de toute beauté, vu d’avion !

Notre jeune co-pilote se réjouit de ce vol de retour. Il est en effet un peu déçu de son travail en Antarctique : en 1 mois, il n’aura volé que 70 heures, le reste du temps ils sont généralement « en attente » à Novo, une base qui manque de charme (succession de containers ou portacabines) en terrain plat et entouré de milliers de crevasses interdisant les promenades qui s’éloignent de la station.

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Plat et crevassé – abords de Novo

Bref, vous l’avez compris : ce sont eux qui nous emmènent ce jeudi après midi vers Novo.

Mon paquetage est prêt, je vais faire un dernier tour sur Utsteinen, m’imprégner des paysages resplendissants sous le soleil, du vent sur mon visage, de ces ambiances d’espaces sans limite. La neige glisse sur la glace, fait la folle par dessus les rochers. Les jeux de lumière sur les surfaces glacées irrégulières donnent vie à ces paysages.

Les pilotes ont préparé leur avion. Avec un Prinoth (les dameuse à neige) et un traineau, Olaf a apporté des tanks pour ravitailler le Twin Otter en carburant.

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Préparation au départ

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Chargement et re-fueling de l’avion

Chacun des membres de la station a interrompu son ouvrage pour nous dire au revoir et accompagner l’avion en courant. Rigolades et émotions, certains se reverront, d’autres pas. Mais la communauté de vie dans un tel milieu revêt des intensités particulières. L’Antarctique est bien un monde à part. La façon dont on y vit est aussi une parenthèse.

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L’équipe au complet

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Instant solennel – ceux qui restent

C’est dans un ciel pur et lumineux que nous nous envolons. Pour saluer, le pilote effectue un petit roulis de l’avion lorsque nous passons à l’aplomb de ceux qui restent, et nous prenons la direction de l’Ouest/Nord-ouest, à destination de Novo.

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Extrémité des montagnes de Sor Rondane

Bouchons dans les oreilles (ces avions ne sont pas insonorisés…), rêveries… chacun part dans un état de somnolence qui lui convient. Le voyage dure 2 heures.

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Magnifique champs de grosses crevasses

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Temps maussade à l’approche de Novo

Le ciel se couvre 30 mn avant d’arriver à la station russe. Il y fait froid et terriblement venteux. Des motoneiges tirant des traineaux viennent chercher nos bagages. Nous montons sur le dernier traineau pour rejoindre une cabane surélevée, en forme d’igloo hémisphérique. A l’intérieur, des lits de camp pour que l’on puisse se reposer à notre aise. Le repas et des boissons chaudes nous sont proposés dans le « container-cuisine-resto ». Nous nous y installons à l’heure dite par la femme russe qui nous a accueilli. Différents groupes de personnes en transit comme nous, ou qui travaillent ici, à l’aéroport de Novo, viennent s’installer à table. Les discussions vont bon train, en langages divers. La télé est allumée en permanence : un programme russe, avec des messages d’actualité entrecoupés de reality-shows, variétés… la chaleur et l’animation à l’intérieur sont à l’opposé de l’ambiance extérieure. Le skua solitaire aperçu à l’aller reste dans les environs de la cuisine.

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Ilyushin se prépare au départ la nuit prochaine

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La station de Novo-aéroport

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Repos dans “l’igloo”

Un petit somme avant de rejoindre l’Ilyushin qui quittera l’Antarctique vers 23h. Nous sommes 80 personnes à quitter l’Antarctique, les sièges sont installés dans l’avion en fonction du nombre de personnes. C’est à 7h du matin que nous atterrissons au Cap.

Avant toute impression, ce sont les odeurs qui m’accueillent. Fortes, variées, pénétrantes, cela fait plaisir de les retrouver.

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Accueil à bord

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La lune est au rendez-vous!

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Débarquement au Cap

En Antarctique, dans cet air si pur et frais, elles ne s’accrochent pas. Dans ce milieu sans odeur, le moindre parfum serait perçu comme agressif. Nous sentions plutôt les odeurs de mécanique et de graisse lorsque les mécaniciens venaient manger, mais ce n’était pas très fort. Parfois des odeurs des eaux usées ou autres spécialités locales nous indisposaient, mais cela ne durait jamais longtemps. Si peu d’odeur, et surtout si peu persistantes, quelle étrange sensation.

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Retour à la civilisation

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Ville en développement

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Quiétude et odeurs

Cape Town, ville animée, en plein développement, en pleine saison touristique… je vais y passer 2 courtes semaines pour continuer à vous écrire, à poster sur le blog quelques articles sur des sujets que j’ai explorés et documentés à Princess Elisabeth Antarctica.

J’irai aussi visiter les scientifiques dont les recherches portent sur les animaux qui vivent sur les côtes Sud Africaines, en particulier les colonies de manchots su Cap. Je vous raconterai !

L’Antarctique est derrière moi certes, mais j’en garde tant de souvenirs et impressions, tans de nouveautés et de reconnaissance. Je vous dis « à bientôt » car l’aventure continue, pour moi comme pour vous.