En voyageant ici, sur ce continent caché sous une épaisse couche de glace et de neige, je m’imagine me déplacer en Europe, il y a … 24’000 ans.

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Eh oui, il y a 24.000 ans, nous étions au Dernier Maximum Glaciaire (DMG), et la surface des glaces s’élevait à une altitude de 2.000 mètres environs. Les hommes chassaient le mammouth au pied des glaciers, s’aventuraient peut-être parfois sur la calotte en s’arrêtant dans des cavités rocheuses au sommet des tours d’Aï qui dépassaient tout juste, de même que le Moléson fribourgeois ou les Cornettes de Bise entre le Valais et la France.

Lausanne était sous 1.000 m de glace, et cet immense glacier s’étendait à l’ouest jusqu’aux portes de Lyon, il recouvrait au Nord le Jura français, laissant la région de Bâle hors des glaces. Au Sud, le Tessin et le val d’Aoste étaient sous la glace.

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J’aime me déplacer en ski ou en motoneige (skidoo) sur ces immenses plaines blanches, parcourir à pied les crêtes rocheuses qui dépassent du glacier et que l’on nomme « nunatak ». Je me projette dans les paysages que devaient arpenter mes ancêtres d’Europe d’il y a à peine plus de 20.000 ans.

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Ici, en Antarctique, aucune végétation ne vient camoufler les roches : celles qui ne sont pas sous la glace dévoilent leur histoire aux géologues, ces scientifiques qui, par l’observation et la « lecture » des paysages (=interprétation de ce que racontent les roches), peuvent retracer l’histoire des continents.

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Non loin d’ici (15 kms environs), un glacier nous mène au fond d’une vallée appelée la « Dry Valley » (=la vallée sèche) dominée par des montagnes aux formes et dessins extraordinairement colorés.

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Des roches de couleur vert sombre nous indiquent la présence passée (et fort lointaine, plusieurs centaines de millions d’années) d’un océan qui s’est refermé. Il s’agissait de l’« Océan du Mozambique », qui se situait entre les continents Africain et Antarctique. Ces roches sont témoin d’une histoire qui daterait d’environs 700 à 540 millions d’années, elles seraient une cicatrice de la formation d’un super continent (maintenant disloqué) que l’on appelle Gondwana. Cette cicatrice serait aussi visible en Afrique de l’est et à Madagascar.

C’est en observant, datant, comparant les roches et leurs évènements de formation que les scientifiques parviennent peu à peu à retracer l’histoire de la surface de notre planète.

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Une autre promenade me fait prendre un peu de hauteur. La roche est partout assez friable : les conditions climatiques extrêmes sont à l’œuvre.

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Le vent d’une part use et projette les cristaux de glace contre les parois rocheuses,

Le soleil permet à la neige de se transformer en eau qui s’infiltre dans les petites fissures de la roche. Le froid la fait geler à nouveau ; ainsi, lentement mais sûrement, la roche se fissure de plus en plus profondément puis casse. Les rochers dégringolent les pentes, forment de grands pierriers, se font transporter par les glaciers, se redéposent en moraines ou en blocs dispersée appelés blocs erratiques.

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C’est ainsi que même les roches particulièrement dures, tel le granite du nunatak Utsteinen, se font éroder à leur surface.

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Sans végétation apparente, ces paysages grandioses nous font ressentir à quel point nous sommes petits et humbles face aux forces des éléments naturels.

Catherine Cherix

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