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Recherches en cours près du glacier Mertz en Antarctique

Nous sommes maintenant arrivés au Glacier Mertz (67°S, 145°E), la première station majeure de cette seconde étape du projet ACE. Nous n’avons malheureusement pas pu accoster à Macquirie comme prévu en début de semaine, les prévisions météo prévoyant des creux de 13m… pas idéal lorsque le débarquement se fait en zodiac.

Avant d’arriver au glacier, le bateau, le brise-glace russe Akademik Treshnikov, a dû se frayer péniblement un chemin à travers la banquise. Le bateau a les capacités de briser de la glace d’une épaisseur maximale de 1.5m. Les images, ainsi que les bruits du bateau brisant la glace et zigzagant entre les icebergs resteront gravés dans la mémoire des scientifiques durant longtemps.

Le bateau est actuellement littéralement ancré contre le glacier, pour lui permettre de garder sa position durant le déploiement du submersible qui se trouve à bord. Le Glacier Mertz représente une longue langue de glace se terminant dans l’océan austral. A ce titre, il est vulnérable aux forts vents et au réchauffement climatique qui contribue gentiment à fondre la partie terminale du glacier. Le glacier a en effet perdu une grande parte de son volume en 2010 lorsque d’immenses icebergs se sont détachés en quelques mois. Depuis, il a recommencé à croître à raison de 1.1 km/an. Des études récentes ont montré que le glacier avait déjà subi plusieurs dislocations catastrophiques au cours du siècle passé et des études en cours cherchent à déterminer si ces dislocations deviendront plus fréquentes à l’avenir.

Les scientifiques québécois responsables de ce projet particulier cherchent à comprendre comment les écosystèmes qui se développent sur le fonds de l’océan (on parle d’écosystème benthiques) réagissent aux changement drastiques du glacier. L’écosystème côtier Antarctique est très varié et inclut de nombreux coraux et autres éponges aux couleurs chatoyantes.

Une curiosité de l’océan qui borde le glacier nous intéresse particulièrement, nous autres océanographes. Malgré les températures extrêmement froides des eaux de surface – elles oscillent entre 0°C et -1°C (il faut savoir que l’eau de mer gèle à -2°C) elles sont de manière surprenante libres de glace. On parle de polynies. Les vents catabatiques, qui soufflent régulièrement de manière tempétueuse depuis l’intérieur du continent contribuent à transporter les glaces de la banquise vers l’océan ouvert. Ces vents permettent aussi aux eaux de profondeur plus chaudes (relativement) d’être transportées vers la surface – on parle de convection – fondant ainsi le peu de glace qu’il reste. Mais ces eaux de profondeur n’amènent pas qu’un peu de chaleur. Elles transportent avec elles de grandes quantités de nutriments permettant au phytoplancton de se développer. L’ingrédient nécessaire  à ce développement dans l’océan austral, le fer, est quant à lui fourni généreusement par le glacier. Les conditions sont donc idéales pour que le phytoplancton se développe de manière importante. De fait, ces polynies représentent les environnements les plus fertiles de l’océan austral. La densité des algues est tellement importante en surface, qu’elles empêchent la lumière du soleil de pénétrer à des profondeurs supérieures à quelques mètres.

Nous avons effectué un prélèvement vertical à l’aide de notre rosette hier et un autre prélèvement est prévu demain. Nous espérons ainsi mieux comprendre la dynamique de ces environnements uniques un fois que les échantillons auront livrés leurs secrets dans nos laboratoires respectifs à notre retour.

Samuel Jaccard