Christel Hassler, comment imaginez-vous la vie à bord du Akademik Treshnikov ?

Christel Hassler : Alors, il y a plusieurs aspects. D’abord, il faut vous dire que l’océan austral bouge un plus que le lac. Le bateau est très grand donc on se dit qu’il a l’air d’être très stable mais imaginez le lac un grand jour de tempête et puis, imaginez que vous soyez sur un petit radeau où vous avez à peine la place d’être assis : ça va bouger énormément. Nous ça va à peu près être notre quotidien en mer. Et puis, il va falloir qu’on travaille dans ces conditions-là, il va falloir qu’on dorme dans ces conditions-là. Donc, effectivement, il ne faut pas avoir le mal de mer parce que si on est malade, on ne peut pas travailler. […] Et puis, on va vivre dans des cabines : je vais probablement être dans des cabines à deux ou quatre personnes. On ne choisit pas forcément les gens avec qui on est. Sinon, on va travailler un petit peu au gré des conditions : si les conditions sont mauvaises, on ne pourra pas travailler, si les conditions sont bonnes on pourra travailler. S’il y a, par exemple, que trois jours de bonnes conditions et puis quatre jours de conditions très mauvaises, et bien pendant trois jours on va travailler énormément pour faire le plus possible et mettre à profit les trois jours durant lesquels les conditions sont bonnes.

La tempête en océan Austral, comme si on y était…

Christel Hassler, quels paysages allez-vous rencontrer vers les côtes de l’Antarctique ?

Christel Hassler : Alors, c’est vrai qu’en tant qu’océanographe, souvent, on est contraints dans les régions océaniques et donc on voit des icebergs, qui sont déjà fabuleux, mais on est souvent loin des côtes. A de rares occasions, j’ai pu aller vraiment près des côtes de l’Antarctique et c’est vrai que c’est incroyable parce que c’est une place énormément isolée : l’Antarctique est le plus grand désert du monde, néanmoins il est recouvert de glace en hiver. Là, la cerise sur le gâteau va être ce paysage justement parce qu’on va aller vers le glacier de Mertz. Donc vous vous imaginez, on va se retrouver en face d’un énorme bloc de glace : ce sera ce glacier de Mertz. On restera là pendant douze jours. On aura une vue incroyable d’un monde presque d’une autre planète pendant douze jours. Ça, pour nous, c’est une expérience personnelle juste incroyable. Et puis, il y aura aussi plein de baleines, il y aura plein de manchots. Même si on échantillonne des fois à deux mille kilomètres des côtes de l’Antarctique, des fois, tout d’un coup, on trouve un manchot qui vient s’amuser avec une bouteille d’échantillonnage ou si on échantillonne avec une ligne, il vient s’amuser avec la ligne. Donc il y a souvent quelque chose à voir même si on est perdus dans l’océan. On va voir ce paysage magnifique et je suis sûre qu’on verra plein de baleines et plein de manchots qui viendront nous dire bonjour.