Vous avez sans doute entendu parler très récemment de cet immense iceberg de quelque 5000 km2 qui pourrait se détacher du côté de la péninsule antarctique.

Cette barrière de glace ou Ice shelf comme le disent nos collègues anglophones, se situe au nord ouest de la mer de Weddell et s’étend le long de la côte orientale de la péninsule antarctique. Elle doit son nom de barrière de Larsen, au capitaine du Jason, le norvégien Carl Anton Larsen (7 août, 1860 – 8 décembre, 1924) qui navigua le long du front de glace au mois de décembre 1893. On raconte qu’il fut le premier homme à faire du ski en Antarctique, plus particulièrement dans la zone des barrières de glace qui recevront son nom. Mis à part ce côté explorateur, on dit aussi qu’il fut l’un des premiers si ce n’est le premier aventurier responsable de la pêche à la baleine et de la construction de la station baleinière de Grytviken (Géorgie du Sud).

Qu’est-ce qu’un Ice-shelf ? Cliquez sur l’image ci-dessous pour voir l’animation.

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En fait cette barrière de glace de Larsen est constituée de trois barrières principales nommées Larsen A, B, et C ainsi qu’une série de plus petites barrières (D à E) au sud. On trouve donc du nord au sud la barrière Larsen A (petit), Larsen B et Larsen C (le plus grand).

Larsen A s’est désintégrée en janvier 1995, Larsen B en février 2002 et il semble qu’une partie non négligeable de Larsen C soit prête à se détacher. En fait elle se fissure lentement depuis plusieurs années, mais aujourd’hui, le phénomène semble s’accélérer et il ne reste plus que 10 km sur une fracture de quelque 175 km de long (info du 24 janvier). Cette fracture a une largeur de 90 mètres environ et une profondeur ou si vous le voulez une hauteur de glace de 500 m.

Cet iceberg sera probablement l’un des plus gros jamais enregistrés sur notre planète.

Normalement ces barrières de glace perdent de la masse par vêlage d’icebergs et par fonte de leurs surfaces supérieures et inférieure. Mais ce qui se passe ici est différent et les scientifiques craignent que le recul de la banquise dû au réchauffement ne provoque une accélération du glissement des glaciers vers la mer qui pourrait se traduire par une élévation du niveau d l’eau à l’échelle mondiale.

Le problème est que le réchauffement du côté de la péninsule antarctique est beaucoup plus rapide qu’ailleurs soit environ 0.5°c tous les dix ans depuis une soixantaine d’années! Si bien que l’on a malheureusement dépassé les 3°C depuis 1950. C’est vraiment un gros problème quand on pense que ces barrières de glace existent depuis plus de 10’000 ans. Actuellement personne ne peut prédire ce qu’il va se passer après un tel événement. Une des possibilités soit que le reste de la barrière Larsen C qui mesure quelque 45’000 km2 devienne moins stable et se commence à se morceler, ce qui a été observé notamment lors de la cassure de Larsen B en 2002. Des estimations montrent que si l’ensemble de la barrière Larsen C fondait on pourrait craindre que le niveau des océans s’élève de 10 cm, ce qui causerait des très gros problèmes tout autour de notre planète. Le seul point positif est qu’il n’y a pas de colonies de manchots sur Larsen C!

Daniel Cherix