Il y a à peine deux mois et demi s’est créée la plus grande réserve marine* du monde juste de l’autre côté de l’endroit où je me trouve en Antarctique. En effet il s’agit de la mer de Ross considérée comme le dernier écosystème* marin intact de la planète.

En partie recouverte par une immense couverture de glace provenant des glaciers du continent, que l’on appelle en anglais « Ice shelf* », elle est remarquable par la biodiversité qu’elle abrite.

Ce n’est pas parce qu’il fait froid qu’il n’y a pas d’animaux et de végétaux dans l’eau. Plusieurs études ont montré qu’il y avait des écosystèmes bien particuliers sous cette couche de glace, même si la température de l’eau descend à -2°C.

Sous la glace et dans les zones d’eau libre, l’activité de minuscules organismes végétaux appelés phytoplancton est extraordinairement dynamique. La photosynthèse donne l’énergie au phytoplancton qui se reproduit très rapidement et sert de nourriture à de très nombreux petits organismes animaux : c’est la base de réseaux alimentaires (ou trophiques).

C’est ainsi que dans les zones libres de glaces, on trouve des milliards de petites crevettes qui forment ce que l’on appelle le krill, et qui permettent à plusieurs espèces d’oiseaux comme les manchots, et de mammifères comme les baleines à fanons ou les phoques crabiers, de se nourrir.

Cette mise sous protection ne s’est pas faite toute seule : ce sont d’abord les américains et la Nouvelle Zélande qui ont proposé ce projet de protection au sein de la Commission pour la Conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique.

Cette commission regroupe 24 pays plus l’Union Européenne.

Dans un premier temps ce projet a été refusé par la Chine et la Russie. La Chine parce qu’elle ne souhaitait pas abandonner la pêche au krill qu’elle pratique dans la région (ces petites crevettes sont utilisées pour nourrir des poissons d’aquaculture) et la Russie parce qu’elle ne voulais pas renoncer à la pêche à la légine dont elle s’est fait une spécialité. Vous ne savez pas ce qu’est la légine ? Il s’agit de deux espèces de poissons des mers australe dont la chair est fort appréciée et qui se vend beaucoup plus cher que le saumon (35 à 55.- CHF le kilo).

Donc finalement la Chine accepté parce qu’elle aura encore une petite zone (110’000 km carrés soit presque trois fois la superficie de la Suisse) pour pêcher du krill et la Russie pourra aussi pêcher la légine mais pas dans le zone protégée.

Cette zone représente 1.55 millions de kilomètres carrés (en gros deux fois plus que la taille de la France) avec une interdiction totale de la pêche sur 1.12 millions de kilomètres carrés. Cette réserve sera protégée jusqu’en 2035, année où il faudra renégocier cette protection. C’est un bon début.

Je ne pourrais pas me rendre dans cette zone, et je ne suis pas sûre que Mike Horn qui vient d’arriver au Pôle Sud en tirant son traineau depuis la base russe “Novo” (par où je suis passée… en avion ), ait le temps de faire un saut là-bas.

Catherine Cherix

* réserve marine : Une réserve est un territoire où les lois de protection de la nature et de l’environnement sont plus strictes. Elles servent à protéger l’environnement des activités humaines.

* Écosystème : c’est un endroit où les êtres vivants sont en relations entre eux et avec le milieu dans lequel ils vivent et se reproduisent.

* Ice shelf : les glaciers sont formés par les précipitations de neige sur les continents. Les glaciers descendent le long des reliefs pour arriver sur l’océan où ils forment comme une carapace de glace qui flotte sur l’eau avant de se disloquer en icebergs géants. Cette carapace est couramment appelée ice-shelf.